Un mouvement "apolitique" et "non-violent" qui s'appuie sur la "coagulation de toutes les colères". C'est en ces termes que se définit le collectif informel, "Jour de Colère", qui organise une grande manifestation dimanche à Paris pour exiger "la démission de François Hollande". Fait inédit, les participants qui défileront de la place de la Bastille à la place Vauban ( aux environs des Invalides) pourront s'y retrouver parmi 8 revendications différentes : fiscalité, jeunesse, famille, chômage, artisans-commerçants-paysans, croyance et liberté d'expression. "Jour de colère" fait tout pour préserver son anonymat et jure n'être qu'un simple mouvement citoyen. 

Une organisatrice de "Jour de colère" trahie par son Facebook

Contactée par metronews, Hélène, l'une des organisatrices de la manifestation et membre du collectif "Hollande Dégage" assure n'être liée à aucun mouvement, ni parti politique. "Nous restons anonymes car nous ne voulons pas qu'un nom soit mis en avant. C'est un mouvement citoyen pour réunir tous les mécontents de la politique actuelle", précise-t-elle. Qui y participe ? "Plus de 50 associations réunies pour dire ensemble notre ras-le-bol de la politique actuelle, quelque 24 000 inscrits à l’événement Facebook et une trentaine d’équipes locales", assure le collectif. Mais lorsque l'on regarde de plus près la liste des participants, force est de constater la présence de nombreux mouvements nés pendant ou juste après la mobilisation contre le mariage pour tous.

Si Hélène assure ne pas être proche de la "Manif pour tous", une erreur commise par un membre du mouvement sur le site Jourdecolère.com (rectifiée depuis), trahit pourtant ses engagements. En effet, une lettre adressée au préfet a été publiée par inadvertance sur le site et révèle l'identité de cette organisatrice. Ainsi, lorsque l'on examine sa page Facebook, la majorité de ses amis, de ses likes et de ses groupes sont liés à la "Manif pour tous". Un participant avait d'ailleurs avoué à l'Express cette proximité avec les anti-mariage gay. "C'est Béatrice Bourges, du Printemps Français, qui chapeaute le truc", confiait-il sous couvert d'anonymat, faisant référence à l'une des "figures" de la contestation contre le mariage homosexuel.

Une présence importante de l'extrême droite

En outre, le collectif "Jour de colère" a beau vouloir rassembler "tous"  les mécontents, l'extrême droite est sur-représentée. Le mouvement intégriste Civitas, Riposte Laïque, Alain Soral, le parti de l'Innocence, fondé par Renaud Camus (un écrivain proche de l'extrême droite, ndlr) appellent ainsi leurs membres à participer à cette manifestation. Il y a quelques semaines, Dieudonné a même posté un message sur Facebook invitant ses soutiens à participer à ce "jour de colère". Un appel embarrassant pour Hélène. "Oui cela me dérange, mais nous avons vocation à accueillir tout le monde", se défend-elle. Et même si, toujours sur sa page Facebook, nombreux sont ses contacts qui publient des photos de la fameuse quenelle de l'humoriste controversé ou revendiquent leur appartenance à des milieux d'extrême droite...

Des financements opaques

Organiser une grande manifestation de la sorte a forcément un coût non négligeable. Mais alors qui finance ce mouvement ? Sur cette question, les avis du collectif divergent. "Ce sont uniquement des appels aux dons", assure Hélène de "Hollande Dégage". Louis, également organisateur de la manifestation et collaborateur parlementaire, donne lui, plus de précisions. "Nous avons fait des appels aux dons, nous recevons des dons privés mais nous ne divulguerons aucun nom", ajoute-t-il. Pourtant, Jour de colère ne s'est pas constitué en association 1901. Qui récolte l'argent ? Les sommes engrangées sont-elles déclarées ? "Seul le responsable financier le sait, mais je ne vous en dirai pas plus", répond Louis à metronews. Question transparence, il faudra donc attendre.

Enfin, "Jour de colère" le martèle : "Colère ce n'est pas violence, nous sommes attachés à une manifestation pacifique". Le dispositif policier sera pourtant très renforcé, et quelques indices montrent l'ambiguïté de cette manifestation. "Je vois Jour de colère comme quelque chose de beaucoup plus fort que la Manif pour tous qui était un truc gentil", tranchait ainsi Mike Borowski, créateur du site "La Gauche m'a tuer" à l'Express, et participant déclaré au regroupement hétéroclite de dimanche"Il faut passer un cran au-dessus sinon ça sert à rien. C'est comme les Bonnets Rouges, ils ont cassé des trucs et ça a marché. Je ne dis pas qu'il faut être violent mais il faut un mouvement plus radical", avait-il ajouté.