Qu'on ne s'y trompe pas. Alexandre Callet, 26 ans, est chef d'entreprise, il vit dans les Hauts-de-Seine, a des idées plutôt libérales et a vu son chiffre d'affaire multiplié par six en trois ans. Mais il ne roule pas en Porsche, n'adhère à aucun parti politique (dont il se méfie) et la jeunesse dorée de son département lui est aussi familière que celle de "Beverly Hills".

A la tête d'une bonne table de Rueil-Malmaison, Les Ecuries de Richelieu (recommandé dans le guide Michelin et cité par le Gault Millau), le jeune boss nourrit un rêve insolite : être élu président de la République française. "Il y a beaucoup de charlatans qui se présentent, prévient-il. Pour moi, il serait impensable de venir faire le clown à une élection."

Un parti baptisé France Unité

Sans référence politique, sans ancrage local, l'entrepreneur préfère prendre le raccourci car, dit-il, c'est la meilleure façon d'agir sur les choses. Il vient donc de créer son parti, baptisé France Unité – "parce qu'il n'y a qu'une France et qu'il faut la protéger" – mais doit maintenant songer à recruter… les militants. "D'ici quelques jours, je vais m'entourer d'une petite équipe de gens que je connais, assure-t-il. Je ne veux pas de communicants ni de bureaucrates… Nous devons être indépendants."

"Discours de vérité"

Le programme qu'il défend est plutôt éclectique. Côté pile, il est très libéral. Sa bête noire, ce sont les fonctionnaires, bien trop nombreux selon lui. Il veut geler leur salaire, supprimer 80.000 postes par an, privatiser les entreprises publiques, privatiser Pôle emploi, revenir aux 39 heures hebdomadaires. Son rêve est de liquider la "maison dorée" du Sénat pour reverser "300 millions d'euros au profit des étudiants boursiers".

Côté face, il a gardé un très mauvais souvenir de ses conseillers bancaires et ne verrait pas de mal à ce que l'Etat nationalise certaines banques pour remettre de l'ordre dans le système. Il est prêt, aussi, à investir massivement dans la justice et à construire 300.000 logements sociaux par an. "Je préfère le discours de vérité, au-delà des étiquettes, explique Alexandre Callet. Le libéralisme et le communisme sont deux théories qui vont dans le mur."

L'histoire d'une revanche

L'entrepreneur croit réellement en ses chances. Pourquoi pas ? Alexandre Callet pense avoir déjà accompli des choses qu'on lui présentait comme impossible. Fils d'un immigré roumain, arrivé en France comme réfugié politique à la fin des années 1980, il a passé son enfance à la cité Blanche de Stains (Seine-Saint-Denis). Lorsque sa mère trouve un poste dans les Hauts-de-Seine, l'adolescent découvre que "deux mondes totalement différents" coexistent à quelques kilomètres de distance.

Employé chez Robuchon

A 19 ans, il enchaîne les petits boulots et parvient à se caser à la Table de Joël Robuchon, dans le XVIe arrondissement de Paris. "J'ai aussi été bagagiste, et room service au Bristol." A 22 ans, déjà armé d'un petit carnet d'adresse, il se met en tête de "monter son affaire". L'affaire, qu'il trouve à Rueil-Malmaison, coûte 50.000 euros. "J'ai commencé à envoyer des centaines de dossiers aux banques. Au fur et à mesure, j'ai acquis une certaine expertise."

Peine perdue. Les banquiers lui renvoient la même réponse, dont il a gardé une copie pour l'exemple : "Votre dossier comporte trop d'incertitudes pour que nous puissions y donner une suite favorable". "Mon innocence a été anéantie par leur système absurde, explique Alexandre Callet. On demande de mettre sa maison en hypothèque, de provisionner 300.000 euros de garanties sur un compte d'épargne. Mais qui prend des risques ?"

Il finira néanmoins par obtenir son prêt. S'ensuivent, en trois ans, le chiffre d'affaire démultiplié, le guide Michelin, le Gault Millau, etc. "L'entreprise compte quatre salariés, et je suis loin d'avoir le double de leur salaire", assure-t-il.

500 signatures à dénicher

Le pari de la présidentielle semble quand même difficile à tenir. D'ici cinq mois, l'apprenti candidat devra réunir 500 parrainages d'élus pour pouvoir se présenter. "Des partis comme le Front national ou l'extrême gauche ont bien réussi à recueillir les 500 signatures pour présenter des candidats aux élections antérieures. Je ne vois pas pourquoi je ne serais pas soutenu moi aussi." Seul certitude a priori : il devra se passer du soutien des sénateurs.