La pêche, la liesse ou l’épi ? A Montreuil (Seine-Saint-Denis), la monnaie locale n’a pas encore de nom, mais elle fait déjà des adeptes. "On devrait débuter avec 50 commerçants", explique Bastien Yverneau, à l’origine du projet. Depuis six mois, cet ingénieur de 30 ans planche avec l’équipe de l’association Montreuil en transition sur le lancement d’une monnaie alternative à l’euro.

Le principe est simple : on se procure la monnaie dans un comptoir d’échange (1 "pêche" = 1 euro) et, comme avec un titre-restaurant, on peut payer en "pêches" chez tous les commerçants qui acceptent ce moyen de paiement.

Une cinquantaine de projets

Pour le jeune homme, "quand vous payez en euros, ça part dans les banques, puis dans des circuits internationaux et spéculatifs. Nous, on remplace tout ça par une monnaie locale, et les euros que vous échangez sont stockés dans une banque éthique". Un système qui permet de développer l’économie locale. "Pour les commerçants, c’est tout bénef ! explique Bastien Yverneau. Ça va leur amener des clients supplémentaires, leur donner une meilleure visibilité et les mettre en valeur."

Pour Jean-Michel Servet, professeur à l’institut du développement de Genève, "la crise financière a conduit à une crise idéologique. Les monnaies alternatives sont lancées par un public sensible à la critique du système". Une démarche militante qui a essaimé. Car l’exemple de Montreuil n’est pas isolé. En France, 18 monnaies locales ont déjà vu le jour : le sol Violette à Toulouse, l’Eusko au Pays basque ou l’Heol à Brest. Une cinquantaine d’autres sont en projet.

Première monnaie à Villeneuve-sur-Lot

Même les paradis fiscaux n’échappent pas au phénomène. Au Luxembourg ou à Genève, des monnaies locales sont à l’étude. Et c’est à Villeneuve-sur-Lot, surtout connue pour être la ville de Jérôme Cahuzac, que la première monnaie locale française a vu le jour en 2010. "On voulait donner un sens à nos achats, explique Françoise Lenoble, une retraitée à l’origine du projet. L’Abeille est désormais devenue un label, 114 entreprises y adhèrent." Depuis le début de l’aventure, elle estime que 150 000 euros ont été échangés. "Ce genre d’initiative amène les citoyens à considérer la monnaie sous un autre angle. Et, depuis l’affaire Cahuzac, beaucoup d’habitants se sont tournés vers nous, reconnaît-elle. Une monnaie locale, c’est un peu comme un bulletin de vote !"

A Montreuil, Bastien Yverneau voit loin. "On aimerait faire des adeptes et, pourquoi pas, étendre notre influence vers les arrondissements parisiens, se projette-t-il. Le jour où notre monnaie réussira à atteindre 2 % du PIB de Montreuil, on pourra vraiment dire qu’on a changé le monde."