Pourquoi ne voulez-vous pas célébrer de mariage homosexuel dans votre ville ?
Par cohérence de pensée. Je ne peux pas, par la célébration d'un mariage, priver délibérément un enfant soit de papa, soit de maman. Je suis le témoin quotidien de tout ce que les ruptures de la filiation peuvent provoquer chez les jeunes. Je ne suis pas là pour défaire d'un côté ce que j'essaie de faire de l'autre. C'est une question de cohérence intellectuelle, tout simplement.

Vous avez exprimé votre refus de célébrer le mariage pour tous depuis plusieurs mois maintenant. Des élus ont-ils tenté de vous faire changer d'avis ?
J'ai fait part de mon refus à trois reprises notamment dans des éditoriaux publiés depuis le mois de novembre. Jamais depuis, je n'ai reçu de courrier ou de coups de fil de mes collègues élus, quelle que soit leur sensibilité politique d'ailleurs, pour tenter de me faire revenir sur ma décision. Au regard de mes responsabilités dans le cadre de la politique de la ville, je côtoie beaucoup de personnalités de gauche et je peux vous dire que le sujet du mariage et ce qui en découle les met très mal à l'aise. La pression des partis, la pression de l'investiture et le reste font qu'ils restent silencieux. Mais sur les questions d'adoption, PMA et GPA notamment, beaucoup ne se sentent pas bien, pour ne pas dire torturés....

Si un couple homosexuel venait dans les semaines ou les mois qui viennent vous voir pour vous demander de l'unir, quelle serait votre réaction ?
Je le recevrais et comme je l'ai déjà fait les couples du même sexe que j'ai déjà reçus, je leur expliquerais de manière approfondie les raisons et les motifs de mon refus à les marier. Nous verrons ensuite comment les choses évoluent, notamment si ce couple, comme d'autres, persévère dans son projet ou pas.

Et si ce couple persévère dans son projet, que ferez-vous ? Vous l'enverrez voir les maires des communes voisines ?
On verra ce qu'il est possible de faire. Je ne connais pas encore tous les détails de la loi, toutes les souplesses et possibilités qu'elle recèlera ou pas. Chaque chose en son temps.

Combien d'élus se sont positionnés comme vous contre le mariage pour tous ?
Je n'ai pas le chiffre mais il y en a beaucoup. Des milliers de signatures ont été recueillies contre cette célébration. Au fur et à mesure que le débat progresse, l'opinion publique comme les élus comprennent bien que derrière ce mot "mariage" qui semble anodin, c'est toute la question de l'adoption, de la GPA (gestation pour autrui, ndlr) et de la PMA (procréation médicalement assistée, ndlr) et donc de la filiation qui se profile. Vu la mobilisation croissante de l'opinion publique contre ce projet, tout le monde est en train de réfléchir et de faire ses comptes pour mars 2014.

Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone (PS), a reçu lundi une enveloppe contenant de la poudre de munitions et une lettre le mettant "en demeure de surseoir au vote définitif de la loi sur le mariage pour tous". Que pensez-vous de cet acte de malveillance ?
Durant toutes les discussions parlementaires, à l'Assemblée nationale comme au Sénat, la gauche à aucun moment n'a tenté, voulu et pu répondre aux arguments opposés par la droite. Aujourd'hui, le seul registre qu'il lui reste, c'est celui de l'intimidation. Le moindre fait divers, qu'il soit réel ou non, est monté en épingle. Chaque agression fait l'objet d'une enquête. Seuls les résultats des investigations permettront de tirer des conclusions.

Si par voie de référendum, les Français disaient "oui" au mariage homosexuel, accepteriez-vous de le célébrer ?
Non, car c'est une question qui touche à la conscience de chacun et à la vision que l'on a de ce que sont l'homme et la femme et de leur complémentarité. La majorité ne fait pas pour autant la vérité.

Vous avez consulté le code civil. Les sanctions en cas de non-respect de vos obligations de maire sont sévères : trois ans de prison, 45.000 euros d’amende et destitution par le Préfet de vos fonctions. Vous n'avez pas peur ?
J'essaie d'être cohérent avec moi-même. J'essaie de vivre les convictions qui sont les miennes. Je sais ce que je risque mais je sais aussi que la société risque beaucoup plus à adopter une telle loi.

D'après vous, le gouvernement peut-il aujourd'hui revenir en arrière ?
Je pense qu'il est tout à fait possible de revenir en arrière. Cela demandera sans doute du courage politique au président de la République mais je ne désespère pas que tout d'un coup, le bon sens puisse éclairer notre gouvernement. En tout cas, je le souhaite puisque là, le pays se fourvoie gravement