Deux femmes de confession musulmane se mariant sous les auspices d'Ani Zonneveld, femme et médiatique imam, tout droit venue de la mosquée de Los Angeles (Californie). A l'heure des débats parfois brûlants sur le mariage homosexuel, la scène est pour le moins inédite et se déroulera à Paris samedi dans un lieu semble-t-il tenu secret. La direction du Centre lesbien, gay, bi et trans (LGBT) de la rue Beaubourg (3e arr.) qui devait, selon nos informations, initialement accueillir l'événement contestait sa tenue dans ses locaux dans un communiqué de presse, envoyé ce vendredi en fin d'après-midi.

Ce mariage homo et musulman est organisé à l'initiative de la Confederation of Associations LGBT, European or Muslims (Calem), qui regroupe des musulmans progressistes du monde entier et organise sa conférence annuelle cette année à Paris.

Pas un mariage religieux

"Les futures mariées sont deux Françaises de confession musulmane, précise Ludovic-Mohamed Zahed, porte-parole de l'association HM2F Homomusulmans et coordinateur de la conférence. Elles ont décidé de se marier après une longue réflexion."

L'initiative se veut avant tout symbolique. "En Islam, il n'y a pas de mariage religieux, précise le militant. Le mariage est un contrat social entre deux personnes devant des témoins. Rien n'interdit l'union entre deux personnes du même sexe."

La sexualité, un tabou

Bien développé aux Etats-Unis et au Canada, le courant progressiste cherche sa place en France. "Pour une majorité de musulmans, la sexualité reste le plus grand des tabous, analyse Ludovic-Mohamed Zahed. En parler est vécu comme de la provocation. D'où ce silence et une certaine violence autour du mariage homosexuel. En France, il y a une vraie attente. Parfois des musulmans nous écrivent pour nous dire 'merci, c'est ça, pour nous l'Islam'."

Les militants de HM2F espèrent ouvrir "très rapidement" une salle de prière ouverte à tous à Paris intramuros. Fin novembre, ils mettront sur pied la nouvelle Association des musulmans progressistes de France.

Mercredi, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) a rappelé sur son site Internet son opposition au mariage entre personnes du même sexe, établissant un lien avec la zoophilie. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a dénoncé jeudi un "dérapage" de l'organisation musulmane.