"Je l'avais jamais fait. Je n'avais pas de famille. J'ai fait ça pour avoir un toit". Quand la Présidente de la 14e chambre du tribunal correctionnel demande à Louise* pourquoi elle s'est prostituée, elle répond qu'au départ "elle ne savait pas" et qu'elle pensait que son travail consisterait à "accompagner des hommes dans des soirées".

Ce mardi au Palais de justice de Paris, c'est devant ses proxénètes présumés, trois hommes âgés aujourd'hui de 24 ans pour l'un et de 25 ans pour les deux autres, que la jeune femme originaire de Cambrai, a fêté ses 21 ans.

Une soirée qui dérape

Cheveux châtains, yeux clairs, avec un visage d'adolescente, Louise, a déclaré être arrivée à Paris en 2008. Sans famille, la jeune femme vivait chez des amis. En janvier 2012 après avoir été à une fête en Seine-Saint-Denis, la jeune femme sans domicile fixe part dormir avec une copine et deux copains dans un hôtel bon marché de Rosny.

C'est là qu'elle rencontrera Sissoko, puis Dams. Ces derniers lui proposent alors de se "faire de l'argent", "5 000 euros par semaine" grâce à un "bon plan". Sans ressource, la jeune femme accepte. A l'audience ce mardi, elle a affirmé qu'elle ignorait alors que son activité consisterait à se prostituer, voyant plutôt son rôle comme celui d'une escort girl.

135 000 euros cash en cinq mois

Le "travail" débutera quelques jours plus tard. D'abord du 23 au 30 janvier 2012, dans un appartement loué Porte de Versailles (15e) et ensuite dans plusieurs appartements du quartier de Bercy (12e), près de la Bastille (11e) et enfin dans le XIIIe arrondissement, d'abord près de Chevaleret, puis aux Gobelins. Deux d'entre eux au moins ont été loués par un complice de Sissoko et Dams, un certain Nicolas qui a reconnu ce mardi qu'il savait ce que faisait Louise entre ces quatre murs.

Pour lui trouver des clients, Dams publie des photos d'elle dénudée sur plusieurs sites de rencontre pour adultes. Les hommes répondent aux annonces et les proxénètes présumés perçoivent de l'argent. La jeune femme, qui était payée 1 000 euros par semaine - avant de voir son salaire considérablement diminuer - a déclaré leur avoir versé pas moins de 135 000 euros en un peu plus de cinq mois.

"Une balle dans la tête"

En juin 2012, quand Louise décide d'arrêter, ses proxénètes présumés s'y opposent formellement. Deux d'entre eux viendront alors la menacer à sa porte. Dams ira jusqu'à lui envoyer des messages sans équivoque. "Si ça continue comme ça, va être grave", "Je te mettrai une balle dans la tête", "Dégage de Paris, ça vaudrait mieux pour toi" écrira-t-il celle qu'il surnomme "peau qui pue".

Terrorisée, Louise alerte la police. La Brigade de Répression de Proxénétisme, saisie, interpellera Dams le jour même à proximité de l'appartement occupé par la jeune femme dans le XIIIe arrondissement. Ses deux complices présumés seront arrêtés peu de temps après. Chez l'un d'eux, les enquêteurs découvriront une liste avec les prénoms et noms de femmes ainsi que leur nationalité. Mardi pourtant à l'audience, tous ont nié les faits qui leur ont été reprochés.

A l'issue de l'audience, Dams a été condamné à 4 ans de prison et 10.000 euros d'amende. Nicolas a été condamné à 30 mois dont 6 mois de sursis de mise à l'épreuve et 7.000 euros d'amende. Sissoko a lui été condamné à 24 mois de prison dont 6 mois avec sursis de mise à l'épreuve et 3.000 euros d'amende. En outre, les trois prévenus ont été solidairement condamnés à verser 12.000 euros de dommages et intérêts à la victime et 1.000 euros d'amende de dommages et intérêts aux équipes d'action contre le proxénétisme".

* Le prénom a été changé