Ce n'est pas le musée le plus réputé ni le plus fréquenté de Paris. Mais il est unique en son genre sur le territoire français. Depuis 1974, la Préfecture de police de Paris (PP) a installé son musée et ses archives au 3e étage du commissariat du Ve arrondissement, dans le bas de la rue de la montagne Saint-Geneviève. Une collection impressionnante doublée d'une mine d'information ouverte au public. "Ici, c'est une adresse d'initiés, semble presque regretter Françoise Gicquel, la commissaire divisionnaire qui chapeaute depuis 11 ans le Service de la mémoire et des affaires culturelles de la PP. On possède 18 kilomètres de documents mais on n'a que deux étages à disposition pour les stocker, les exposer et accueillir le public."
De Ravaillac à la Libération
Les documents les plus prestigieux et les plus symboliques sont mis en valeur dans les vitrines du musée de la PP. C'est le registre d'écrou de François Ravaillac, l'assassin de Henri IV, qui ouvre la collection permanente lors de son entrée à la prison de la Conciergerie le 14 mai 1610. La visite parcourt trois siècles pendant lesquels l'histoire judiciaire rejoint souvent l'Histoire tout court. L'affaire du collier de la Reine (1786), l'assassinat de Marat (1793) l'incendie de la Préfecture de police pendant la Commune (1871), l'affaire Landru (1919) ou l'Occupation sont racontés à travers procès-verbaux et autres documents officiels d'époque qui leur donnent une couleur particulière. Une surface de 520 m2 parcourue gratuitement par 17 000 visiteurs chaque année.
Mais la partie la moins connue concerne les archives policières non exposées mais tout autant consultables par le public. Plus de 18 kilomètres de documents officiels, de la plus insignifiante "main courante" au procès-verbal décisif qui changera la face d'un procès, attendent qu'on vienne les parcourir. Sans oublier les tonnes de paperasses administratives amassées au fil des siècles par l'ensemble des services liés à la PP. "Nous mettons à disposition toutes les pièces à condition que leur consultation ne constitue pas une atteinte à la vie privée ou à la sûreté de l'Etat, explique le commissaire Françoise Gicquel. Il faut aussi respecter un délai de 50 ans pour les archives administratives et 75 ans pour les procédures judiciaires pour que les documents soient automatiquement ouverts."
Des archives consultées par le monde entier
Une contrainte qu'il est pourtant facile de lever pour les étudiants et les chercheurs en demandant une dérogation à titre universitaire. Parmi les plus archives les plus demandées figurent celles relatives aux Brigades spéciales qui traquaient sous le régime de Vichy les "terroristes communistes". "Nous avons reçu l'an dernier en salle de consultation 2 400 visiteurs venus du monde entier, poursuit le commissaire. Et parmi eux il y a beaucoup de gens qui sont là pour éclaircir leur généalogie." Les registres de commissariat sont bien souvent la dernière chance pour expliquer l'inexplicable comme une disparition brutale. "Un homme est venu pour savoir de quoi sa mère était décédée quand il avait deux ans en 1942, se souvient Françoise Gicquel. Il y avait un tabou dans la famille. Il a compris pourquoi : elle était morte après un avortement."
Musée et archives de la Préfecture de police
4, rue de la Montagne Sainte-Geneviève
Métro : Maubert-Mutualité
Entrée gratuite.
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h et, pour le musée uniquement, le samedi de 10h30 à 17h30.















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