Des policiers à pied, à vélo, en voiture. La sécurité a été renforcée depuis quelques jours du côté de la rue des Rosiers (4e). Pourtant, les commerçants du quartier juif de Paris l'affirment : la tension ici est palpable.

Les premières craintes sont apparues le dimanche 13 juillet, alors qu'à quelques rues de là, des incidents étaient survenus près de la Grande Synagogue rue de la Roquette (11e) en marge de la première manifestation à Paris en soutien à la population de Gaza. Le rassemblement samedi dernier à Barbès (18e) et les incidents de Sarcelles (Val d'Oise) n'ont fait qu'accroître le sentiment de peur chez les commerçants qui revendiquent davantage de policiers dans le quartier du Marais, en plein cour de la capitale.

"Heureusement, il n'y a pas eu de casse ou d'inscriptions antisémites"

Samedi, alors que des heurts avaient éclaté dans le nord de Paris à l'occasion de la manifestation pour Gaza, les riverains de la rue des Rosiers redoutaient les débordements. "C'était shabbat, donc la plupart des magasins étaient fermés, indique un commerçant sous couvert d'anonymat. Mais c'est sûr, on s'est tous dit, les casseurs de la manifestation de Barbès vont venir ici".

Malgré les trois caméras de surveillance sur la voirie et les nombreuses autres présentes dans leur établissement, les gérants de "L'As du fallafel" restent vigilants. "Demandez à n'importe qui, le quartier juif à Paris, c'est la rue des Rosiers. Et la rue des Rosiers, depuis qu'il n'y a plus Goldenberg, qui, rappelons-le, a été la cible d'un attentat en 1982, c'est L'As du Fallafel, lance Guy, qui gère, avec sa famille, le restaurant le plus couru de la rue. Alors oui, il faut faire attention".

Dimanche soir, après les violences à Sarcelles (Val-d'Oise), des dizaines de messages sur les réseaux sociaux ont fait courir le bruit, finalement faux, que les auteurs des violences viendraient dans le quartier juif de la capitale. "La police était là et tout a été sécurisé. Toutefois, plusieurs personnes avaient visiblement envie de s'en prendre aux juifs du quartier. Des scooters ont été renversés rue de Rivoli. Heureusement, il n'y a pas eu de casse ou d'inscriptions antisémites dans le secteur", commente Michel Kalifa, célèbre charcutier ashkénaze juif marocain de la rue des Ecouffes et président de l'Association des commerçants, habitants, propriétaires et copropriétaires du 4e arrondissement.

"Eviter toute surenchère"

Plusieurs commerçants l'affirment, la rue des Rosiers a perdu des visiteurs en quelques jours. "Des parents m'ont fait savoir qu'ils ne laissaient plus sortir leurs enfants. Ils sont en vacances, et ils ne vont pas au jardin ou se promener, ils sont cloîtrés chez eux" regrette Michel Kalifa. Guy de L'As du Fallafel est prudent car, selon lui, "ici, rue des Rosiers, on n'est pas à l'abri d'un Mohamed Merah". Tous sont d'accord, il faut des fonctionnaires dans le quartier juif, et ce, 24h/24 et pas que les jours de manifestation.

"Des familles m'ont indiqué qu'elles voulaient quitter la France. L'antisémitisme leur fait peur. Je ne vous cache pas… Je suis content que mes enfants soient en vacances", indiquait lundi soir Vincent Roger, élu UMP du 4e et habitant de la rue des Rosiers. Le maire PS de l'arrondissement Christophe Girard veut lui rassurer habitants et commerçants. "La rue des. Rosiers fait l'objet de mon attention quotidienne en relation avec le Commissaire du 4eme et la préfecture de police de Paris" confiait-il. Et d'ajouter : "Mais prudence toutefois pour éviter toute surenchère".