Sciences Po n'est plus sans tête. Ou presque. Hervé Crès (45 ans), administrateur provisoire depuis la mort du charismatique Richard Descoings en avril, a été élu comme nouveau directeur. Un choix sans surprise mais qui n'est que la première étape de la procédure de désignation. Elle avait été gelée par le ministère de l'Enseignement supérieur qui voulait attendre le rapport de la Cour des comptes. Mais l'école de la rue Saint Guillaume (VIIeme arrondissement) a décidé de hâter les choses.
Liste secrète de candidats
Ce lundi, la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), sur laquelle s'adosse Sciences Po, a voté à 20 voix contre 9 bulletins blancs et un nul pour Hervé Crès. La décision devrait être entérinée mardi par le vote du Conseil de direction de l'Institut d'études politiques (IEP). Mais Sciences Po n'a qu'un pouvoir de proposition. Le dernier mot reviendra à l'Elysée et au ministère de l'Enseignement supérieur.
L'institution impose ainsi son poulain, au cours d'un processus de désignation un peu obscur. La première liste de candidats au poste était restée confidentielle, tout comme les étapes de sélection qui ont suivi. "Cette procédure donne l'apparence de plus de transparence mais garde une opacité suffisante pour provoquer la méfiance", a réagit Arnaud Bontemps, vice-président étudiant au conseil de direction. Quatre personnes avaient été retenues sur les 24 candidats. Hervé Crès était présenté comme le grand favori de Michel Pébereau, président du Conseil de direction de l'IEP, et de Jean-Claude Casanova, président de la FNSP.
Aval du ministère de l'enseignement supérieur
Une hâte qui cadre mal avec la décision de la ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso qui a réagi dans un communiqué ce lundi. "Aucune décision relative à la désignation du nouveau directeur de l'IEP et du nouvel administrateur de la FNSP n'interviendra donc avant la publication du rapport définitif de la Cour des comptes", écrit-elle. Cette publication est prévue le 22 novembre. La ministre veut ainsi "veiller à la traçabilité et à la transparence de l'utilisation de la subvention publique allouée à Sciences Po, soit 62 millions d'euros chaque année". Arnaud Bontemps abonde dans ce sens : "Il faut aller vers plus de démocratie à Sciences Po, c'est d'ailleurs dommage que le rapport ne soit pas connu avant cette désignation", estime-t-il.
La décision de Sciences Po traduit l'agacement de l'institution devant l'exposition publique de sa tambouille interne. Depuis septembre, les fuites se sont succédées. Le document de 210 pages qui décortique le fonctionnement de la grande école entre 2005 et 2010 dénonce "une gestion peu scrupuleuse des deniers publics". Entre autres griefs, il serait reproché à feu Richard Descoings d'avoir augmenté sa rémunération de 60,4% entre 2005 et 2011, atteignant la comme rondelette de 537.246,75 euros en 2010. Dans un souci de transparence, Mme Fioraso a demandé que le ministère soit représenté au Conseil d'administration de la FNSP.














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