Décidément, dans cette affaire de trucage, le flou est partout. Depuis vendredi, une véritable théorie du complot circule sur internet, largement relayée par le collectif La Manif pour tous, principal opposant au mariage gay. S'appuyant sur un documentaire amateur, il accuse la Préfecture de police de Paris d'avoir truqué des photos de la manifestation du 24 mars mises en ligne pour minimiser la mobilisation des anti. Ils étaient 1,4 million de personnes selon les organisateurs et 300 000 selon les chiffres de la préfecture. Le collectif dénonçait l'interdiction de la préfecture de pouvoir visionner les vidéos originales de la mobilisation. Il avait déclaré dimanche, vouloir intenter une action judiciaire pour récupérer les bandes vidéos. "Nous avons décidé d'assigner le Préfet de Police en référé mesures utiles pour obtenir les vidéos", ont-il écrit sur Twitter.

"Nous suspendons notre assignation et nous irons visionner les bandes"

Renversement de situation ce lundi. Contacté par Metro, le collectif certifie dans un premier temps, avoir sollicité en vain, à plusieurs reprises, la Préfecture de police de Paris pour obtenir les vidéos du 24 mars qui ont servi à compter les manifestants. Quelques minutes plus tard, le responsable de communication du collectif annonce avoir finalement reçu une réponse de la Préfecture, datée du 17 avril. Le Préfet de police n'autorise pas l'obtention des vidéos pour préserver l'anonymat des manifestants. Selon le collectif, la préfecture assure que l'original des vidéos "montre de façon très précise" les participants. Le Préfet de police propose donc au collectif, comme il l'a fait avec certains médias, de venir visionner les images dans les locaux de l'administration. "Nous avons envoyé un courrier le 28 mars, c'est très étrange qu'ils répondent aujourd'hui, mais nous suspendons notre assignation et nous irons visionner les bandes", déclare le responsable.

Toute cette polémique sur un trucage éventuel a été alimentée par un documentaire mis en ligne samedi par une société de production nommée Tprod. Le film n'hésite pas à mettre en avant ce que les opposants considèrent comme un complot. Un blogueur tente de démontrer comment la "Préfecture a d'abord dégradé le film dans son ensemble en le mettant dans une définition extrêmement faible et d'ailleurs d'un format inconnu". Après plusieurs comparaisons, les auteurs du documentaire, qui n'est pas signé, font un constat sans appel : les photos qui permettent de compter le nombre de manifestants ont été retouchées. "Le gouvernement, aidé d'un certain nombre de médias manifestement partisans et complaisants, masquent la réalité de notre action massive et pacifique. Ils montent une campagne de dénigrement contre la Manif pour tous", dénonce le collectif. Juste avant le départ du cortège de ce dimanche, Frigide Barjot, chef de file des opposants, affirme même qu'un journaliste de l'AFP a visionné les images et estimé qu'elles étaient "trafiquées".  

Un "expert" de l'AFP affirme que les photos sont truquées

L'AFP et la Préfecture de police démentent tout trucage, mais quelques questions restent en suspens. Dans le documentaire diffusé par le collectif, une voix-off confirme avoir fait examiner les photos "polémiques" dans un laboratoire où le sigle AFP est visible. On peut également y voir un "expert" qui porte un badge de l'agence analyser les images. Ce dernier est catégorique : "je confirme que toutes les photos n'ont pas eu le même traitement (..) les photos sont passées par une post production". Contacté par Metro , le rédacteur en chef de l'AFP n'a pas voulu apporter plus de précisions. "L'expert" qui assure que les photos ont été truquées appartient-il à l'agence ? L'agence savait-elle qu'il analysait une vidéo mettant en cause la Préfecture de police? Nous n'avons pour l'heure pas de réponse.

De son côté, la Préfecture de police a confirmé à Metro que tous les journalistes pouvaient venir visionner les vidéos pour "s'assurer qu'il n'y a aucun trucage". Pas sûr que cela suffise à calmer les opposants au mariage gay qui n'hésitent plus à dénoncer "un mensonge d'État".