C'est à Pigalle et en plein jour que nous donne rendez-vous Fred le Chevalier. "Au début, je pensais qu'il fallait coller clandestinement la nuit. Puis je me suis aperçu que c'était plutôt bien toléré", sourit Fred, petit caddie à la main, rempli d'affiches et de colle. "Une fois, j'ai même rencontré un policier qui m'a posé plein de questions. J'avais un peu peur, je bégayais. Mais en fait il m'a avoué que c'est parce qu'il aimait ce que je faisais".
Si même les policiers sont fans de Fred le Chevalier, c'est parce que depuis trois ans, ses drôles de personnages colonisent peu à peu les rues de Paris. A 39 ans, celui qui est arrivé au dessin sur le tard, commence à se faire un nom dans le monde du street art. "Au début, je collais mes dessins là où je sortais. J'habitais Saint-Denis et je rentrais en roller. Je collais sur mon chemin". Le Marais est devenu sa base arrière, mais on le retrouve à Montmartre, à Bastille ou à Ménilmontant, son nouveau quartier.
Influencé par le punk
Allure rock, bretelles et barbe de trois jours, Fred le Chevalier prévient : "Je ne suis pas un adapté dans la vie de tous les jours". Comme lui, ses petits personnages ont un côté androgyne, enfantin et sombre à la fois. Des alter-ego qui font tellement partie de lui qu'il les a même tatoués sur le corps. "Je suis très influencé par le mouvement punk : tu peux faire de la musique même si tu n'est pas musicien. Moi c'est pareil. Je peux faire des dessins même sans avoir pris de cours", explique l'artiste.
A force d'arpenter les rues de la capitale, ses dessins deviennent de plus en plus populaires et il est repéré par des galeristes. Lors de sa première expo, en mars dernier, tout est parti en quelques heures. "Beaucoup de gens sont venus me voir pour me féliciter, me dire qu'ils aimaient mes dessins. J'ai mis trois semaines à m'en remettre", raconte le dessinateur, les yeux brillants.
"Je gagne autant avec mes dessins qu'avec mon métier"
Un succès qui lui fait un peu peur. "Quelqu'un a voulu tout m'acheter, pour revendre plus cher. Pour la première fois, j'étais vu comme un produit". Mais cet homme-enfant garde la tête froide. D'ailleurs, après une expo à l'automne et une participation aux décors d'un film, il veut avoir une période de creux : "J'ai envie d'avoir un moment où je n'ai pas de projet".
Pour le moment, Fred le Chevalier conserve son métier, qui lui permet de gagner sa vie sans s'inquiéter. Le dessin reste une passion "Même si elle me prend de plus en plus de temps", sourit-il. Et à terme, est-ce qu'il compte se lancer ? "On verra. Ce mois-ci j'ai gagné autant avec mes dessins qu'avec mon métier. Mais je ne veux pas me précipiter". D'ailleurs, il est encore un peu mal à l'aise de vendre ses toiles . "Je continue à donner pas mal de choses, même si on me dit d'arrêter. Moi si je gagne 1 500 euros par mois avec mes dessins, je serai content", affirme-t-il. Avant de lancer "Enfin bon, peut-être qu'il faut un peu plus pour vivre à Paris". Espérons en tout cas qu'il y reste encore longtemps.
Cerise Sudry-Le Dû

















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