Sur Internet, ses clients le connaissaient sous les pseudonymes de "Cléopatra" ou de "Georges Dior". Un jeune travesti de 26 ans a été condamné mercredi à cinq ans de prison, dont quatre ans et demi ferme, pour avoir fait chanter des clients en menaçant de diffuser les vidéos de leurs ébats.

Le prévenu, déjà condamné auparavant pour des faits similaires, a été déclaré coupable de chantage à l'encontre de huit clients avec lesquels il se prostituait, d'escroquerie et de vol pour certains d'entre eux. Seuls trois de ses victimes se sont constitué parties civiles.

Des milliers d'euros contre une vidéo

Le prévenu filmait ses ébats avec les victimes, à qui il demandait ensuite plusieurs milliers d'euros, sous peine de diffuser les vidéos et de les révéler à leurs proches et à leurs employeurs. L'une de ses victimes, occupant un poste à responsabilités dans une banque, avait ainsi effectué plusieurs versements, pour un montant total de plus de 8.000 euros.

Le tout ponctué de centaines de contacts, coups de téléphone à n'importe quelle heure du jour et de la nuit ou SMS tels "5.000 euros, c'est mieux qu'un divorce ou une humiliation devant les collègues" ou "la guerre commence donc, je voulais être sympa mais bon".

Boîtes de nuit et cocaïne

Pour la magistrate du parquet, qui avait requis six ans ferme, les hommes victimes de ce mécanisme "se sont sentis coupables", y voyant "la marque de la perversité" du prévenu. Celui-ci menait grand train, entre soirées en boîte de nuit et cocaïne, recevait ses clients dans un appartement dans les quartiers chics de Paris ou sur la promenade des Anglais à Nice.

Ses victimes, dont il se servait "comme des guichets de banque" selon la magistrate, avaient toutes le même profil : des hommes de 40 à 50 ans, "une situation sociale et financière intéressante", et "qui peuvent avoir une certaine fragilité psychologique". Selon son avocat, maître Bienvenu Kanga, figuraient dans sa clientèle d'anciens policiers et des hommes politiques dont son client n'a pas révélé les noms.

"Narcissique" et "manipulateur"

Le prévenu ne s'est pas reconnu dans le portrait brossé par les experts, qui le décrivent comme "très narcissique", "manipulateur", hermétique "au processus de culpabilisation". Reconnaissant des "failles", il a exprimé ses regrets et présenté ses excuses. "J'ai vraiment envie de changer", a-t-il assuré, expliquant qu'il n'avait pas envie que sa vie se résume à des séjours en prison.

Son avocat a rappelé le parcours chaotique de son client, arrivé en France à l'âge de huit ans, qui se prostituait en cachette dès ses 15 ans et qui est renvoyé au Cameroun "lorsqu'on se rend compte de son homosexualité". "Il est jeté dehors, châtié, excommunié", a plaidé l'avocat, "il va essayer de taire ses penchants". De retour en France, le jeune homme avait quitté le domicile familial pour s'installer pour faire sa vie avec un homme qui subvenait à ses besoins. Mais après leur séparation au bout de trois ans, il avait eu envie de maintenir ce train de vie et en voulant "garder le cap", il a "finalement tout mélangé".