Ces touristes du Golfe se souviendront longtemps de leur soirée parisienne à l’Opéra Bastille (12e arrondissement). Venu assister, le 3 octobre dernier, à une représentation de La Traviata de Verdi, le couple s’est assis au premier rang. "Ce sont les places les plus chères, c’est le maximum du maximum. 231 euros par personne", raconte un salarié.

"Je n'aime pas ça, mais c'est la loi"

Les amoureux n’auront toutefois pas eu l’occasion d’assister à l’ensemble de la représentation. Et pour cause : la femme portait un niqab. "Tous les spectateurs ont pu la voir, elle était en gros plan sur tous les écrans", explique-t-on, embarrassé, à l’Opéra Bastille. "Elle est rentrée sans que personne ne la remarque, je ne sais pas comment", se justifie le directeur adjoint, Jean-Philippe Thiellay.

Celui-ci confirme qu’il a du gérer "une situation délicate". "Je n’aime pas l’idée qu’on demande à un spectateur de sortir mais c’est la loi. En plus, nous sommes un service public", explique-t-il à metronews. Depuis avril 2011, se dissimuler le visage dans l’espace public peut être sanctionné par une amende de 150 euros et l’obligation de suivre un stage de citoyenneté.

"C'est une choriste qui m'a alerté"

Mais Jean-Philippe Thiellay a failli faire face à une suspension de la représentation, explique un responsable. A l’entracte, plusieurs choristes, qui ont aperçu la femme au visage voilé, auraient fait part de leur volonté de ne pas poursuivre le spectacle si la touriste ne se conformait pas à la loi.

Une version démentie par le directeur adjoint. "Ils sont plusieurs dizaines, ils n’ont pas le temps de faire une assemblée générale pour décider de ce genre de chose. Mais oui, c’est une choriste qui m’a alerté de la présence de la spectatrice voilée", narre Jean-Philippe Thiellay. Un syndicaliste confirme que des choristes ont souhaité se retirer. Quant au chef des chœurs, José-Luis Basso, il ne veut pas s’épancher sur le sujet : "Je veux bien parler musique avec vous mais ça, c’est administratif".

Opération séduction

Pour éviter tout problème, et un manque à gagner de plusieurs dizaines de milliers d’euros, le directeur-adjoint dit "avoir donné des instructions  à un agent d’accueil pour demander à la spectatrice de se dévoiler ou de partir". Un syndicaliste témoigne : "L’agent d’accueil n’a pas pu parler directement à la femme concernée mais uniquement à son mari". Celui-ci a finalement décidé de partir "sans provocation". Le spectacle a repris normalement à la fin d’un précipité (un changement de scène pendant lequel le rideau est tombé). "Le couple n’a pas demandé à être remboursé", assure l’Opéra.

Selon nos informations, une note du ministère de la Culture a été envoyée aux Opéras Bastille et Garnier pour indiquer l’attitude à suivre si la situation se rééditait. Les syndicalistes ont eu l’occasion d’en discuter jeudi lors d’une réunion. Consigne est donnée d’être plus vigilant à l’entrée, d’appliquer la loi et de faire acte d’une "stricte politesse". Il faut dire que l’Opéra s’est lancé dans une opération séduction auprès des riches ressortissants du Moyen-Orient. Un salarié témoigne d’une forte augmentation des ventes des places les plus chères auprès de ces touristes au fort pouvoir d’achat.