Megan Lynne Young a beau être née aux Etats-Unis, la nouvelle Miss Monde est une héroïne philippine avant tout. A 23 ans, la jeune femme a triomphé de 127 concurrentes, dont la Miss France, Marine Lorpheline, arrivée deuxième du prestigieux concours. Cette victoire a été vécue comme "une grande fierté", déclarait dimanche Ricky Carandang, conseiller en communication à la présidence. "Elle a montré au reste du monde ce dont les Philippins sont capables", ajoutait cet ancien présentateur télé.

Le petit écran, c'est là que Miss Monde 2013 s'est d'abord faite connaître, star de plusieurs telenovelas avant de faire carrière au cinéma. "Megan est une source d'inspiration et vient nous rappeler que notre situation n'est pas entièrement désespérée", déclare Joel Lamangan, qui a dirigé la jeune femme dans le long-métrage Sigwa, en 2010. "Grâce à elle, nous pouvons espérer que le bien et la justice l'emportent un jour sur les maux de notre société (…) Megan est un rayon de soleil au milieu d'un ouragan politique."

L'affaire du "tonneau des cochons"

Le cinéaste fait notamment référence aux scandales qui ont poussé des centaines de milliers de Philippins à descendre dans les rues de plusieurs villes, le 26 août dernier. Au coeur de la grogne, une certaine Janet Lim Napoles, femme d'affaires en fuite, poursuivie pour avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars d’un fonds surnommé le "tonneau de cochon". Des sommes que le pouvoir aurait utilisé afin de s’attacher les faveurs de plusieurs membres du Parlement, alors que le chef de l'Etat, Benigno Aquino s'était fait élire en 2010 en plaçant la lutte contre la corruption au coeur de sa campagne.

De ces affaires, Megan Young n'a pas parlé du tout pendant sa campagne victorieuse vers le titre de Miss Monde. Elle s'est en revanche exprimé sur un autre sujet sensible de l'actualité de son pays : la loi de 2012 ouvrant la voie à la procréation médicale assistée, dans un pays où le poids de la religion catholique empêche jusqu'ici de nombreuses femmes d'avoir accès aux méthodes de contraceptions modernes. Un progrès que la plus belle filles des Philippines accueillait avec quelques réserves.

L'avortement toujours illégal

"Je suis favorable à cette loi", déclarait-elle dans une interview au Philippine Daily Inquirer. "Mais j'estime que la procréation médicale assistée est une possibilité qui doit être réservée aux couples mariés. Personne d'autre ne devrait s'en mêler". Bref Megan ne semble pas très fan du concept de mère porteuse. C'est son droit. S'ensuivait une déclaration digne d'un pape : "Pour le reste, si on ne veut pas tomber enceinte, il suffit juste de s'abstenir."

Rappelons qu'aux Philippines, l'interdiction de l'avortement débouche sur 800 000 naissances non souhaitée et 475 000 avortements illégaux chaque année, d'après les chiffres de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). En 2008, 1 000 Philippines sont décédées des suites d'un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions sanitaires. Megan Young, première Philippine à devenir Miss Monde depuis 63 ans, ne devrait jamais avoir ce genre de souci...