Votre association a publié des photomontages des candidats à la présidentielle sur un lit de mort, pour réclamer une loi sur l'euthanasie. Pourquoi mener une telle campagne choc?
Cela fait trente-deux ans que l'AMDM se bat pour une loi qui donne le droit à mourir dans la dignité. C'est la question sur laquelle les hommes politiques sont les plus frileux. On n'allait pas attendre encore cinq ans pour que la question soit posée. Le 2 novembre dernier, on avait déjà fait une campagne, avec une femme anonyme dans un lit d'hôpital, mais cela n'avait ému personne. Il faut qu'un candidat soit mis en scène pour que cela crée un tsunami de réactions. J'ai même des appels de médias étrangers.

Votre campagne représente des candidats, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy et François Bayrou à droite de l'échiquier politique. Pourquoi ceux-là seulement?
On a choisi les trois candidats qui étaient clairement contre l'évolution de la loi. François Hollande s'est exprimé pour le droit à mourir dans la dignité. Eva Joly, Corinne Lepage et Jean-Luc Mélenchon aussi. Il ne s'agissait pas de montrer du doigt ceux qui allaient dans le bon sens.

Comment expliquez-vous cette "frilosité" des politiques?
Sur d'autres questions dont je m'occupe, comme l'égalité entre homos et hétéros, les politiques s'engagent. Là, non. A croire qu'ils n'ont jamais eu des proches qui souffrent ou qui décèdent. Ils croient tous qu'ils vont mourir d'une crise cardiaque en écrivant leurs mémoires. Mais cette situation nous concerne tous, 100% des gens meurent. Les Français nous soutiennent. Selon les derniers sondages, 94% sont favorables à une légalisation de l'euthanasie.

Pourquoi souhaitez-vous légaliser l'euthanasie?
J'ai vu mourir beaucoup de gens jeunes, du sida, dans des souffrances insoutenables. C'est un loi pour tout le monde. Aux Pays-Bas, 2% des morts sont euthanasiés. En France, cela ferait 11 000 euthanasiés. Une loi qui légalise l'euthanasie place la personne au centre. C'est à elle de décider si ses souffrances sont tellement insupportables qu'elles veut en finir. Aujourd'hui, il y a des dérives par ce que ce ne sont pas les patients mais les médecins qui décident. C'est la garantie de pouvoir être aidé plutôt que de fuir à l'étranger pour être aidé, comme cela a été le cas pour l'avortement. Malheureusement, en France, on a le plus fort taux de suicide, surtout des personnes âgées et des grands malades. Les gens en finissent de manière violente, par pendaison ou en se jetant dans le vide. Voilà à quoi on pousse des gens désespérés.

La loi actuelle ne vous satisfait-elle pas?
La loi Leonetti a été faite par des médecins pour les médecins. Elle permet deux choses. D'abord, le double effet : on injecte de la morphine pour soulager la douleur, et quand on augmente la dose, cela entraîne la mort. La deuxième, c'est la sédation palliative : on arrête les soins, on enlève la sonde gastrique et les respirateurs et on laisse les gens mourir. La personne est endormie, mais rien ne prouve qu'elle ne souffre pas. Cela peut durer jusqu'à trois semaines si c'est un jeune. Pour la famille, voir un proche mourir peu à peu, c'est abominable. Il ne s'agit pas d'obliger les médecins, qui peuvent faire valoir leur clause de conscience.