Voter en un tour ou deux tours, désigner un seul candidat ou plusieurs, les noter tous. Il existe différentes manières de choisir ses représentants politiques. Et le mode de scrutin peut modifier les résultats finaux. C'est ce que veut démontrer une étude internationale, menée par le CNRS, à l'occasion de l'élection présidentielle.

Tous les internautes, qu'ils soient citoyens français ou non, sont invités à se connecter sur www.voteaupluriel.org, et à faire leur choix parmi les dix candidats officiellement en lice.
Plusieurs méthodes sont testées. Le vote alternatif, utilisé par exemple en Irlande, consiste à classer les candidats, du préféré au moins aimé. Avec le scrutin uninominal à un tour, comme au Mexique, la personnalité arrivée en tête est directement élu. Enfin, avec le vote par approbation, on vote pour ses favoris, et celui qui recueille le plus grand nombre de voix est désigné. "Ce système évite le phénomène de vote utile, où les électeurs renoncent à donner leur voix à quelqu'un qui n'a aucune chance. Les petits candidats sont mieux représentés et cela fait émerger le centre", explique Jean François Laslier, directeur de recherches au CNRS, et responsable de l'étude.

Rechercher le consensus
Avec un autre type de scrutin, François Bayrou serait donc élu? Pas si simple. "Ce n'est pas exclu, mais les stratégies des partis seraient différentes, nuance le chercheur. Les hommes politiques seraient obligés de rechercher le consensus." Le site Slate.fr a réalisé une expérience similaire, en lançant des vagues de sondages selon la méthode du "jugement majoritaire". Défendue par le think tank Terra Nova pour éviter un nouveau 21 avril, elle consiste à évaluer les candidats de "excellent à "à rejeter". Résultat : François Hollande avait obtenu le plus de suffrages en février, mais dans les deux derniers rounds de sondages, Jean-Luc Mélenchon avait pris la tête.

"S'exprimer plus finement "
Comme la vraie élection, le faux scrutin de Vote au pluriel se termine dimanche soir. Les résultats seront étudiés le 6 mai et comparés à la réalité du vote des Français. Des recherches de ce type avaient déjà été organisées en 2002 et 2007 dans quelques bureaux de vote, mais Internet donne une autre ampleur. Près de 6 000 personnes se sont déjà prêtées au jeu. Ils étaient 14 000 à participer sur Slate. "Il y a une vraie attente du public, souligne Jean-François Laslier. Beaucoup de gens apprécient de pouvoir s'exprimer plus finement et me disent que si les scrutins étaient organisés différemment, ils voteraient plus."