Armel Le Cléac'h (Banque Populaire), 35 ans, est en pleine bataille pour mener la flotte du Vendée Globe. Quelque part entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande, il fait le point pour notre journal.

Comment vivez-vous votre mano a mano avec François Gabart ?
C'est sympa d'être avec quelqu'un pour ouvrir la route. Cela donne de bons repères et ça permet d'être stimulé au niveau des vitesses. Mais c'est aussi intéressant en matière de sécurité. S'il arrive un pépin, on reste assez proches. On a des bateaux similaires et c'est intéressant de se retrouver au coude à coude dans les mers du Sud. Il y a quatre ans déjà, des duos s'étaient formés et j'avais été à la bagarre avec Vincent Riou quasiment jusqu'au Cap Horn. Cette année, on a navigué aux avants-postes presque depuis le début de la course. Il faut en profiter, cela ne va pas durer.

Pour votre premier Vendée Globe en 2008, vous avez terminé en 3e position. Etes-vous étonné de retrouver Gabart, néophyte sur la course, en si bonne position ?
Je ne suis pas surpris de le voir à ce niveau-là. Il fait partie des concurrents redoutables de cette édition. Depuis le départ, et même s'il n'a pas autant d'expérience que moi ou d'autres sur ce genre d'épreuve, il fait partie des favoris. En s'associant avec Michel Desjoyeaux (le double vainqueur de l'épreuve a créé la première écurie de course au large et a hébergé le projet de Gabart, ndlr), il s'est très bien entouré.

Vous avez un plan pour larguer Macif ?
Non, rien de spécial. C'est la météo qui décide mais la priorité est de rester au contact, pas faire de bêtise en terme de trajectoire et surtout de veiller à ne pas casser le bateau. Dans les conditions actuelles, cela pourrait être très galère. On est pratiquement à mi-course et les bateaux souffrent un peu.

Et le marin tient le coup ?
Ca va. A part le froid qui est le plus difficile à gérer quand on s'aventure dehors. On doit tourner aux alentours de zéro degré. L'huile d'olive a gelé à bord, donc il ne doit pas faire bien chaud. On a même eu la neige dans un grain (un coup de vent brusque et violent momentané, ndlr)... il fait frisquet. Malgré ça, je suis plutôt en forme même si quarante jours de course usent quand même un peu au niveau psychologique.