"Ne nous mentons pas, ce sera très difficile..." Interrogé sur le match retour qui attend ses Gunners le 13 mars à Munich après leur défaite à domicile (1-3) mardi soir contre le Bayern, Arsène Wenger a voulu faire preuve d'honnêteté. Concernant sa propre responsabilité dans ce résultat et, plus globalement, dans la période de vaches maigres que traverse Arsenal depuis sept ans, huit mois, 29 jours et quelques heures (le site SinceArsenalLastWonATrophy.co.uk se charge du décompte), il faudra en revanche sans doute attendre l'inéluctable élimination en Ligue des champions, dernière compétition qu'il pouvait encore remporter cette saison. Décryptage d'une fin de cycle que le manager alsacien va pourtant bien devoir regarder en face.

Une politique budgétaire suicidaire
Arsène Wenger recevra les félicitations de Michel Platini, apôtre du fair-play financier. Pas celles de ses supporters. Pour avoir voulu accélérer le remboursement de la dette née de la construction de l'Emirates Stadium, Arsenal a en effet choisi de se serrer la ceinture pendant huit ans. Résultat : des finances on ne peut plus saines, mais le néant footballistique en contrepartie. Car dans un contexte de plus en plus concurrentiel, qui a vu City, Chelsea et autre United considérablement se renforcer, les Gunners ne sont désormais même plus pris au sérieux. "Techniquement, si on regarde leurs onze joueurs et nos onze joueurs, on est meilleurs partout", résumait le Mancunien Patrice Evra.

Des recrutements catastrophiques
Sauf que rigueur budgétaire ne signifie pas forcément ne rien dépenser. À l'été 2011, Wenger décide ainsi de débourser 15 millions d'euros pour recruter Alex Oxlade-Chamberlain, 17 ans. Aujourd'hui, on se demande dans quoi est passé cet argent, tant le joueur se montre inefficace et effacé. On peut aussi évoquer les venues de Chamakh et Gervinho, certes libres de tout contrat, mais dont les émoluments plombent la masse salariale pour rien, puisque les deux hommes ne jouent quasiment jamais. Deux exemples parmi tant d'autres. En conséquence de quoi... le manager a laissé partir Touré, Adebayor, Clichy, Nasri, Fabregas et Van Persie, qui font aujourd'hui le bonheur de la concurrence. Un état de fait sans doute évitable dans une telle proportion.

Les limites de l'autogestion
Qui se souvient de l'époque où Wenger remportait des trophées ? Que l'on parle du doublé Coupe-Championnat en 1998 ou de l'épopée des Invincibles, champions en 2004 sans avoir perdu un seul match, Arsenal s'est bien plus reposé sur de vieux grognards que sur une jeunesse prétendument triomphante. Autour d'Anelka puis de Fabregas se trouvaient Tony Adams, Lee Dixon, Ray Parlour ou encore Patrick Vieira. Ce qui pose aujourd'hui la question de la réalité du management de l'Alsacien. Lequel n'a aucune emprise sur son équipe actuelle, que l'on parle de tactique ou simplement de sa capacité à haranguer ses hommes. Mardi soir sur son banc, on l'a encore vu se parler à lui-même. Surtout, rien dans son attitude ne laissait transparaître un quelconque sentiment de révolte. Comme s'il se contentait d'attendre que ses joueurs réagissent par eux-mêmes. De jeunes hommes plus dominés par leur sport qu'ils ne le dominent. Et qui ont besoin d'aide.