C'est peu dire que Sebastian Coe n'est plus prophète en son pays. Assis au fond de la salle où se tenait, ce jeudi, la conférence de presse très attendue de l'Agence mondiale antidopage (AMA), le président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a entendu une succession de questions désagréables à son sujet, toutes émises par des journalistes britanniques. Heureusement pour le Londonien, son compatriote, Richard Pound, membre de la commission indépendante (CI) de l'AMA, chargé d'y répondre, s'est montré pour le moins protecteur. Et ce, malgré le contenu quelque peu accablant du rapport rendu public quelques minutes auparavant.

Il s'agissait en fait de la seconde partie du rapport publié en novembre par ladite commission, faisant état d'un système organisé de dopage en Russie. Cette fois, c'est l'IAAF qui en prend pour son grade. "La corruption était partie intégrante de l'IAAF. (...) Ses dirigeants ne pouvaient ignorer l'ampleur du dopage", peut-on notamment y lire. "La corruption ne peut être attribuée seulement à quelques brebis galeuses agissant de façon isolée", ajoute l'AMA, avant de préciser que l'IAAF ne s'est pas montrée "assez ferme avec un certain nombre de pays, dont la Russie".

EN SAVOIR + >> Comprendre le scandale de dopage et de corruption dans l'athlétisme mondial en 5 dates

Mais aucun de ces autres pays n'a été nommé ce jeudi, contrairement à ce qui était attendu, le rapport se contentant de pointer les dirigeants de l'époque. "Lorsque le président de l'IAAF (le Sénégalais Lamine Diack, mis en examen, ndlr), son conseiller personnel (lui aussi mis en examen, ndlr), deux de ses fils en position de responsabilité (Papa Massata et Khalil, ndlr), le directeur du département médical et antidopage et le secrétaire général adjoint sont tous impliqués dans des agissements douteux ou criminels, c’est la réputation de l’IAAF toute entière qui est mise en doute, et cette réputation doit être restaurée", détaille le rapport.

Rien, en revanche, sur Sebastian Coe, pourtant vice-président de Lamine Diack au moment des faits. Au contraire, Richard Pound, au moment de répondre aux questions des journalistes, a assuré que l'actuel président de l'instance "est le mieux placé pour faire le ménage". Et que, tenez-vous bien, la Russie pourrait même participer aux prochains Jeux olympiques "si sa fédération s'attaque vraiment au problème"... Pour le reste, l'AMA s'est retranchée derrière la justice française, qui tente de décortiquer ce système de corruption organisée depuis de longs mois.

À LIRE AUSSI >> IAAF : l'ancien président Lamine Diack est passé aux aveux

À ce titre, la procureur Éliane Houlette s'est ensuite exprimée face aux médias, pour éviter que "des éléments parcellaires" ne fuitent dans la presse. "Cette affaire a été portée à la connaissance du parquet national financier français grâce aux efforts de la commission indépendante. Les faits et les flux financiers dépassent les frontières", a-t-elle expliqué. Avant de raconter que tout est parti d'un "compte bancaire à Monaco avec 1,8 millions d'euros dessus au nom de Valentin Balakhnichev", ex-président de la Fédération russe et... ex-trésorier de l'IAAF. Dont le siège se trouve... à Monaco.

Plusieurs ex-dirigeants de l'IAAF ont ensuite admis, durant l'enquête, avoir dissimulé, contre de l'argent, des passeports biologiques d'athlètes russes. Mais il manque le personnage central, le chef d'orchestre présumé : Papa Massata Diack, un des fils de Lamine Diack, consultant marketing de l'IAAF jusqu'en décembre 2014, qui se terre à Dakar. "Mis en cause par plusieurs personnes", "convoqué par les enquêteurs, il ne s'est pas présenté", a déploré la procureur. Dans la foulée de ces déclarations, Interpol a lancé un avis de recherche international le concernant, notamment pour fraude, blanchiment d'argent et corruption. Puis, à la fin de la conférence de presse, Sebastian Coe a filé en toute hâte, poursuivi par une meute de journalistes, et s'est enfermé dans une pièce de l'hôtel où elle s'est tenue.