Que vous inspire l’affaire des 380 matchs truqués dans le football ?
Ce n’est pas étonnant. C’est le reflet de ce qu’il se passe depuis très longtemps. Dans le monde des paris sportifs, les sommes en jeu sont de plus en plus importantes. Cela attire les criminels. Sur l’aspect purement escroquerie, cela existe depuis qu’il y a des matchs et des sommes en jeu, c’est à dire depuis les Jeux Olympiques antiques ! Les paris transnationaux et les sites de paris en ligne favorisent le phénomène.

En quoi ?
Avec les sites de jeux en lignes, les frontières s’ouvrent. La toile est mondiale et touche aussi les pays les moins contrôlés. Dans une salle de paris "en dur", c’est plus simple de contrôler. Mais quand les joueurs viennent d’un premier pays, que l’organisme de jeu est basé dans un deuxième et que le match se joue dans un troisième, c’est tout de suite beaucoup plus difficile.
Quotidiennement, des matchs sont truqués dans le tennis, le foot, la boxe...

Comme blanchir de l'argent sale avec les jeux en ligne

Comment les paris s’insèrent-ils dans des activités mafieuses ?
Il y a deux niveaux d’utilité pour les mafieux. Le premier, celui du crime qu’on pourrait qualifier de primaire qui consiste à parier pour gagner en corrompant un arbitre ou une équipe. On peut par exemple miser sur celui qui n’est pas favori et faire en sorte que cela soit lui qui gagne. Grâce à la coté, on ramasse beaucoup d’argent. Le deuxième niveau est de blanchir de l’argent à travers deux paris. On parie avec de l’argent sale sur deux gagnants dans le même match. Ainsi, les gains et les pertes s’équilibrent globalement; et de l’argent qui était sale devient propre puisque gagné grâce à un jeu d’argent.

Quel est le profil des criminels qui gravitent dans la sphère des paris sportifs ?
On a un peu de tout : cela va des petits délinquants locaux jusqu’aux mafias internationales comme ce qu’il vient d’être découvert, où l’on a des réseaux mafieux turcs, des cartels sud américains, des mafias asiatiques. Lorsqu’on est sur ce genre d’affaires, on est sur des réseaux transnationaux. Ces pratiquent couvrent un éventail varié de criminels.

"Les mafias profitent des failles"

Le niveau de contrôle des jeux en ligne vous paraît-il suffisant ?
Pour le moment, non. Le jeu en ligne a fait exploser les barrières et les possibilités. Ce n’est pas cette affaire qui va accélérer la lutte contre ce phénomène. L’Europe s’intéresse au problème, les Etats-Unis, le Canada aussi. On sait qu’il y a de grosses failles et que de nombreuses mafias en profitent. Les organisations sportives internationales réfléchissent à la question. Au niveau des instances européennes, il y a aussi une vraie réflexion. Il y a des textes, mais pour le moment, on est trop loin de gagner le match.


Pourquoi ?
Dans le meilleur des cas, on est dans une dimension européenne, pas internationale. On est au début du combat mais il faut avancer car on met en place des lois qui permettent le jeu sur le jeu sans avoir le contrôle nécessaire. Comme dans beaucoup de domaines, la réponse ne peut être que globale. Quand elle n’est que régionale ou locale, cela ne sert à rien.

Y a-t-il un problème de corruption jusqu’au sein des instances internationales, telle que la Fifa ?
Si on a pu truquer des matchs de qualification pour la coupe du monde, c’est qu’il doit y avoir des gens bien placés, dans les fédérations nationales impliqués. Les mafias ne les ont pas forcément intégrés en elles mêmes mais les ont probablement approchés à travers des représentants. Parfois ce n’est pas de la corruption, au sens criminel du terme. On utilise alors un euphémisme : le lobbying.