" Pistonné." Voilà un mot longtemps revenu aux oreilles de Luka Karabatic tout au long de sa carrière, et notamment celle qu’il a entamée avec l’équipe de France en 2011, à l'occasion d’un stage en Argentine. Cinq ans plus tard, l'étiquette s'est décollée. "Ah les gens on ne les entend plus, rigole Claude Onesta. Peut-être ont-ils tout simplement oublié ce qu’ils avaient dit…" S’il ne croit pas un mot de ce qu’il dit, le sélectionneur sait en tout cas qu’il ne s’était pas trompé, en se penchant à l’époque sur le potentiel du petit frère de son joyau, Nikola Karabatic.

Nous sommes donc en 2011, et Luka n’a alors que 23 ans, dont seulement quatre passés dans le handball de haut niveau. Joueur de tennis talentueux, il ne décide en effet qu’à 19 ans de troquer la petite balle jaune pour celle, un peu plus grosse et plus collante, du sport où s'illustrent son frangin et son père, Branko. Le voilà vite intégré au centre de formation de Montpellier, où l’on décèle un formidable potentiel défensif, grâce à un jeu de jambes et un sens de l’anticipation au-dessus de la moyenne, notamment pour un joueur de ce gabarit (2,02m). C’est là qu'inévitablement, le natif de Strasbourg commence à devoir composer avec les comparaisons avec son aîné, déjà bien installé tout en haut de la hiérarchie mondiale.

Nikola: "De la méchanceté gratuite"

"Chacun doit vivre avec son parcours. Il a eu à traverser les problèmes qu'ont connus tous les 'frères de',  tous les 'fils de', remarque son sélectionneur. Par moments, être le frère de Niko c’est un avantage. Quand tu as Niko qui t’aide, qui te construit, c’est forcément intéressant. Mais c’est aussi un poids important." Un fardeau que Luka va temporairement mettre de côté en 2012 quand, suite à l’affaire des paris suspects dans laquelle il a reconnu avoir parié, il est renvoyé du MHB, et s’envole, seul, du côté d’Aix-en-Provence. Un temps rejoint par son frère, il va ensuite s’épanouir durant deux années, en profitant des grosses responsabilités que le club provençal lui confie à l’époque. Il s'affirme aussi en assimilant les conseils d’un certain Noka Serdarusic, ancien mentor de… Nikola, à Kiel.

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De plus en plus régulièrement appelé en sélection, c’est là qu’il doit s’affranchir du frangin, et imposer son prénom. "Je l’avais déjà vécu à Montpellier, alors je connaissais un peu la marche à suivre, souffle-t-il. J’ai toujours eu l’habitude de répondre sur le terrain. C’était ce qu’il fallait que je fasse à ce moment-là. Je ne suis pas mis plus de pression que cela. J’ai juste pensé à bien faire ce que je savais faire."  Un comportement qui rend fier Nikola. "Pour moi tout ça, c’était de la méchanceté gratuite. J’étais super-content de voir la façon avec laquelle il a réagi. Plutôt que de s'épuiser en parole en dehors de la salle, il a prouvé sur le terrain que sa sélection était uniquement due à son talent."

Porte: "Fermer quelques bouches, ça fait du bien aussi…"

En solitaire, il s'est émancipé de son frère. "Il ne faut pas croire que ce sont les autres qui vont vous faire franchir le palier vers ce très haut niveau, confirme Onesta. Les autres vous accompagnent, vous aide, mais c’est à l’individu de résoudre les problèmes. Et il y a des gens qui ne parviennent jamais à résoudre ces problèmes." Valentin Porte,  affublé à ses débuts de l’étiquette du "petit protégé" en raison de son statut de Toulousain, club de coeur du sélectionneur, ne dit pas autre chose. "Au début, je pensais notamment à Claude, je me disais que pour lui, je devais être bon et faire taire tout le monde. Dans ces cas-là on veut montrer au staff qu’il ne s’est pas trompé, remarque l’arrière droit. Et puis fermer quelques bouches, ça fait du bien aussi…"

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Comme Valentin Porte, Luka Karabatic, qui a disputé sa première grande compétition il y a deux ans, lors de l’Euro 2014, est désormais bien installé dans la hiérarchie. Dans un premier temps uniquement utilisé en défense, le voilà désormais utilisé des deux côtés du terrain. "Je me sens bien dans ce groupe. J’ai énormément gagné en expérience, en maturité. Il y a un noyau dur de joueurs. Moi j’essaie de me mettre dans leur sillage", note Luka, adoubé par son grand frère. "Il a montré sa progression. Il n’est pas encore au niveau de Titi (Omeyer), de Daniel (Narcisse) ou de moi, mais nous sommes là depuis plus de dix ans. Lui fait partie, avec Valentin notamment, du groupe des jeunes qui ont tout gagné (Euro 2014 et Mondial 2015, ndlr). Ils ne connaissent pas la défaite. Mais c’est un vrai cadre", conclut Nikola. 

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