Sur place, le constat ne les touche pas plus que cela. Après une semaine d’Euro, et quatre rencontres disputées, l’équipe de France n’a en effet pas encore toute l’attention des médias, ni du public français. "On ne se préoccupe pas de ces choses-là quand on est dans notre compétition", évacue Claude Onesta.

"La rançon du succès"

Un constat pourtant fait année après année, le public se réveillant toujours à l’approche des demi-finales, pour encourager ces formidables Experts, habitués à rentrer à chaque fin de mois de janvier avec une belle médaille d’or autour du cou. Avant cela, le calme plat, ou presque. "C’est aussi la rançon du succès, glisse le sélectionneur. On a tellement habitué les gens à une forme de victoire annoncée, que les premiers matches finissent par être un entraînement supplémentaire, dans leur esprit."

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Voilà peut-être le réel problème de Nikola Karabatic et ses ouailles. A force de tout écraser sur leur passage, les voilà désormais automatiquement attendus au stade des demi-finales. "Mais ça reste du sport, répond Thierry Omeyer. Ce n’est pas parce qu’on a gagné beaucoup de titres, que de l’extérieur ça peut paraître facile, que ça l’est. A chaque fois, ça se joue à très peu de choses, ce sont des compétitions très difficiles."

Arrivé en 2011 pour le Mondial au sein de l’équipe, Samuel Honrubia ne dit pas autre chose. "On ne se rend pas compte à quel point c’est difficile. Je ne m’en rendais pas compte avant d’y être. Mais une fois dedans, tu vis dans un autre monde. C’est tellement fou qu’on ne s’en rend pas compte. Si on ne gardait pas cette même motivation, on ne gagnerait pas tout ça", ajoute l’ailier gauche du PSG.

Onesta : "Si on écrivait des épisodes de série TV…"

La défaite subie mardi face à la Pologne (31-25) aide sans doute à comprendre à quel point cette équipe de France, si elle n’est pas à son meilleur niveau, est loin d’être invincible. "Même quand tu as les meilleurs joueurs du monde, tu es capable de perdre. Si tu ne mets pas tous les ingrédients dans le match, tu perds vite pied, note Théo Derot, l’un des petits nouveaux de cette équipe. Mais j’ai été impressionné par leur force de réaction deux jours plus tard face à la Biélorussie (34-23, ndlr). C’est là que tu reconnais les grands joueurs. Quand tu regardes le match que font Karabatic, Narcisse ou Omeyer, qui ont été un peu décriés dans la presse. Ils répondent de la meilleure des manières." Chuter pour se rendre plus humain, voilà une solution pour éviter la banalisation de leurs performances.

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Pour le reste Claude Onesta a d’autres idées. "On a bien compris que les médias étaient devenus des relais événementiels. On traite l’évènement, le scoop. Tout ce qui se relève d’un fonctionnement régulier est beaucoup moins adapté. On pourrait faire une bonne crise, c’est vrai. Dire que l’entraîneur, le staff et les joueurs se détestent. Si on écrivait des épisodes de séries TV, c’est ce qu’on ferait. On ferait mourir le héros pour le faire renaître", sourit le patron des Bleus, avant de conclure : "Mais on est dans la vraie vie, avec des vraies personnes. Jusqu’à preuve du contraire, les sportifs visent la performance. Les gens qui gagnent tout le temps finissent par être moins intéressants et plus lisses que les gens qui vivent dans la souffrance, la rancœur ou la trahison. Mais moi, mon job n’est pas d’alimenter la dramaturgie."