Comment avez-vous réagi aux récentes déclarations de Bernard Lacombe ?
Ses propos sont lamentables, consternants, d'un autre temps. C'est encore plus exaspérant venant d'un haut dirigeant du football français, qui occupe par ailleurs des responsabilités dans un club où les joueuses sont les meilleures d'Europe. C'est révélateur du sexisme qui perdure dans le football, et plus généralement dans le sport. C'est insultant pour les femmes qui pratiquent le football, pour toutes celles qui aiment cette discipline comme supportrices, mais aussi comme journalistes sportives. Face au tollé provoqué par ses déclarations, notamment sur les réseaux sociaux, et aux réactions de femmes et d'hommes comme Patrice Lair, Bernard Lacombe s'est excusé, et c'est la moindre des choses.

Les femmes sont-elles une cible facile pour le monde du foot ?
Une cible facile, je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c'est que Bernard Lacombe n'aurait pas utilisé le même genre de propos face à un auditeur : qu'il ne soit pas d'accord avec elle, c'est une chose et c'est son droit le plus légitime, maintenant réduire cette auditrice à son "statut de femme" et refuser tout dialogue avec elle parce que c'est une femme et donc que, forcément, elle ne connait rien au foot, c'est inadmissible.

Vous qui suivez de près le football féminin, avez-vous constaté de vos yeux cette discrimination au quotidien?
La discrimination passe par par des réflexions sexistes sous couvert d'humour, et une médiatisation différente, plus faible pour les joueuses, même si la situation a largement changé ces dernières années pour le foot féminin, grâce aux résultats de l'OL et de l'équipe de France notamment. Comme les statuts différents entre les joueurs et les joueuses, qui ont de plus en plus accès au professionnalisme...

Selon vous qu'est-ce qui pourrait faire changer les mentalités ?
Plus de mixité dans le sport, dans les instances dirigeantes sportives, dans les fédérations et les clubs, mais aussi dans les rédactions sportives. Les retransmissions télé ont aidé à changer le regard sur le football féminin, notamment avec la Coupe du monde 2011. Les résultats des Françaises et des Lyonnaises, leur beau jeu, ont contribué à changer les mentalités. Il faudrait encore davantage de femmes qui parlent de football à la télé, commentent des matchs, des expertes, à l'image de Nathalie Ianetta sur Canal+.


Quelles solutions pour augmenter la popularité du foot féminin ?

Les retransmissions télé sont de plus en plus importantes (D8, Eurosport, France 4) et c'est une très bonne chose. Il faudrait maintenant plus de suivi, de reportages et d'analyses dans les émissions sportives genre Stade 2, Téléfoot et Le Canal Football Club. Il est facile de suivre les résultats des hommes tous les week-ends, mais beaucoup moins de suivre ceux des femmes. Cela manque encore plus dans les autres sports collectifs féminins.Il faudrait aussi des stratégies marketing sur le long terme : pourquoi ne pas coupler les abonnements équipe féminine et masculine dans certains clubs (PSG, Lyon, etc), faire des tarifs attractifs pour féminiser le public, inclure des équipes féminines dans le jeu Fifa, comme c'est déjà le cas dans les albums Panini pour toucher les jeunes...

Voir le blog de Fabienne Broucarethttp://sportissima.wordpress.com/