Le sport, la politique et la justice. C'est le cocktail explosif à ingurgiter au plus vite avant le coup d'envoi de l'Euro 2016 dans nos contrées, le 10 juin. On le sait, le contrôle judiciaire qui empêchait Karim Benzema d'entrer en contact avec Mathieu Valbuena a été levé vendredi. Une "première étape", dixit la Fédération française de football (FFF), ouvrant la voie à un retour de l'attaquant du Real Madrid en équipe de France. Mais le Premier ministre, Manuel Valls, et le ministre des Sports, Patrick Kanner, ne sont pas, mais alors pas du tout de cet avis. Et l'ont fait savoir.

La France risque-t-elle d'être rappelée à l'ordre par la Fifa ?

Cela a commencé lundi avec M. Kanner, sur les ondes de RTL : "Lorsqu'on signe la charte de déontologie pour être membre de l'équipe de France, on doit la respecter, et je pense qu'aujourd'hui les conditions ne sont pas réunies en la matière pour M. Benzema." Des éléments de langage repris ce mardi par M. Valls, sur RMC : "Les conditions aujourd'hui ne sont pas réunies pour que Karim Benzema vienne en équipe de France. Il est toujours mis en examen (pour "complicité de tentative de chantage", ndlr). Par rapport à la jeunesse, un grand sportif se doit d'être exemplaire. Le football, c'est notre patrimoine, ce n'est pas quelque chose à part qui n'intéresserait que les amateurs de sports. Donc il faut faire attention, tous les gestes et tous les choix ont leur importance."

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L'opinion publique partage globalement ce point de vue, les sondages le prouvent. Et la flatter ne mange jamais de pain. Mais il faut rappeler que le règlement de la Fifa interdit strictement toute forme d'ingérence politique dans les affaires sportives, certaines nations africaines s'étant fait taper sur les doigts pour des prises de positions moins radicales de la part d'un ministre. Ce qui explique sans doute pourquoi Manuel Valls, au cas où, a pris soin d'ajouter à ses déclarations : "En même temps, c'est la décision de la Fédération et du sélectionneur."

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Du reste, on se souvient que le Premier ministre avait tenu des propos similaires en décembre, invitant déjà Didier Deschamps à se passer des services de Karim Benzema. "Il ne m'invite a rien du tout. Chacun son domaine, a sèchement répliqué le coach samedi dans les colonnes de L'Équipe. Je serai seul à choisir. Après, libre à eux d'avoir un avis de l'exprimer." Puis DD d'adresser un de ces tacles dont il a le secret : "Karim a commis une erreur mais il est présumé innocent. Le cas s'était déjà produit avec Ribéry et Benzema (mis en examen pendant l'affaire Zahia en 2010). Je me souviens, certains responsables politiques disaient qu'ils n'avaient plus leur place en équipe de France. À l'arrivée, il y avait eu un non-lieu."