Selon bien des observateurs, le Barça 2012-13 serait la plus belle cuvée de l'histoire. Ils ont sans doute changé d'avis. Seulement battus par le Real Madrid, le Celtic Glasgow et la Real Sociedad cette saison, affolant les statistiques avec de larges victoire et des buts en pagaille le reste du temps, ces Catalans se rendaient à Milan mardi soir en Ligue des champions sûrs de leurs forces... Avant de livrer leur plus mauvais match depuis des lustres et de s'incliner sur un score (2-0) qui hypothèque sérieusement leurs chances de qualification pour les quarts. Autopsie d'un fiasco aussi inattendu que logique.

La victoire de la tactique
Une légende urbaine raconte que, dans le foot de haut niveau, un entraîneur ne sert à rien. Que les joueurs sont assez grands pour savoir ce qu'ils doivent faire et que le rôle d'un coach se résume à celui d'attaché de presse. On a pourtant pu constater sur la pelouse de San Siro les conséquences de l'absence de Tito Vilanova (en traitement à New York pour un cancer). L'effondrement d'un autre mythe : celui qui consiste à dire qu'entraîner le Barça revient à aligner onze joueurs, dont Messi, et de leur demander de garder la ballon.

Sauf qu'une possession de balle proche de 70% n'a été d'aucune utilité mercredi soir. Des Catalans sans idée ont buté sur la muraille lombarde 90 minutes durant. Pourquoi ? Parce que les Milanais ne se sont pas contentés d'attendre. Il ont pressé, à deux ou trois joueurs, le porteur du ballon pour freiner sa circulation. À chaque instant. Une volonté de leur entraîneur Max Allegri. Kévin Constant : "Nous avons beaucoup travaillé tactiquement cette semaine, nous étions bien préparés." Sulley Muntari : "Le coach a fait un énorme travail. Nous avons eu une discipline de fer." À bon entendeur...

La victoire du physique
Le pressing est pourtant l'affaire du Barça. Au même titre que le jeu de passes courtes, il s'inscrit dans son ADN. Mais à Milan, les Catalans sont restés statiques, comme tétanisés par leur propre impuissance. Pourquoi ? Parce que si la tête commande les jambes, elle ne les fait pas courir. "Nous n’étions pas bien physiquement. Nous sommes vraiment à la limite", déplorait Fabregas. Un sentiment confirmé par Iniesta : "Nous avons un peu manqué de tout. Mais surtout, nous avons manqué de fraîcheur. En Ligue des champions, cela ne pardonne pas." Le Barça abordera-t-il le match retour plus reposé ? Rien n'est moins sûr au regard de son calendrier démentiel.

La défaite de Messi
"Sans Lionel Messi, on n’aurait pas cette qualité de jeu. Nous, on a le travail et le talent. Mais Messi est unique, exceptionnel et irremplaçable dans notre système de jeu. Quand on fera venir des joueurs, il faudra que ceux-ci jouent en fonction de lui. De son côté, j’espère que Messi continuera à avoir une vie paisible et rangée." L'hommage, datant de la fin mai 2011, est signé Pep Guardiola, un an avant d'annoncer qu'il quittait "son" Barça. Comme s'il craignait déjà quelque chose.

C'est un fait, le destin de Barça est lié à celui de son lutin argentin. Qui n'est plus le bonhomme taiseux et timide qu'il figurait il y a encore deux saisons. Messi sèche aujourd'hui des entraînements quand son coach ne le fait pas jouer. Et compose lui-même l'équipe en adoubant ou non, par ses passes, tel ou tel joueur. Ses yeux aussi ont changé. Son regard noir montre que son immense notoriété le torture. Obnubilé par ses stats, le jeune papa ne joue plus pour les autres. Mercredi soir, bien muselé, il n'a pas existé. Du coup son équipe non plus. À moins que ce ne soit l'inverse.