Deux leaders se sont succédé en tête du Vendée Globe. Après dix jours de course, François Gabart (Macif) a longtemps ouvert la voie à la flotte avant de se faire reprendre par Armel Le Cléac'h (Banque Populaire). Les deux jeunes hommes incarnent la nouvelle école de la course au large.

A 29 ans, le premier considère que marin est "aujourd'hui un métier d'ingénieur". Cela tombe bien, le skipper de Macif est diplômé de l'Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon et aime mettre à l'épreuve "l'analyse la plus objective et cartésienne possible."

Sur les océans, les jeunes loups comme Gabart (29 ans), cohabitent avec les anciens dont Jean Le Cam est le symbole. A 53 ans, le marin de SynerCiel a préparé son 3e Vendée en jardinant et en jouant au golf. Au milieu coule Armel Le Cléac'h (35 ans), trait d'union entre ces deux conceptions : "La génération des Le Cam ou Jourdain passe beaucoup de temps sur la conception du bateau. Les jeunes, eux, sont beaucoup plus sur l'eau, en salle de sport ou sur les logiciels de navigation. On délègue l'aspect technique. Un peu comme en F1 où le pilote donne son ressenti, ses indications à son équipe. Un gars comme Jean, lui, met beaucoup plus la main à la pâte pour bricoler", croit savoir Le Cléac'h.

"Il faut considérer que construire un bateau et le designer, c'est un métier. Moi, ce n'est pas le mien, répondait Jérémie Beyou (36 ans) avant le départ. Nous, skipper, il faut se concentrer sur le sportif et naviguer, naviguer, naviguer. Jean, il a passé plus de temps sur l'eau que nous tous. Pendant vingt ans, moi, je n'existais pas et lui, il naviguait déjà et a affûté son instinct. Et il en faut pour gagner des courses. Les jeunes qui débarquent sont peut-être un peu geek. Il leur faut aussi du sens marin, et du bon sens tout court pour aller à l'essentiel des infos que l'on amasse en excès."

A condition que la malchance ne s'en mêle pas. Jérémie Beyou n'a ni choisi la mauvaise route, ni manqué de flair. Samedi, le vérin de quille de son Maître CoQ a cassé net. Une avarie rarissime qui l'a obligé à jeter l'éponge, portant à cinq le nombre d'abandons en moins de dix jours de course. 9e lundi au pointage de 16 heures, "le Roi Jean", lui, trace sa route, encadré par Mike Golding (52 ans) et Dominique Wavre (57 ans), douze tours du monde à eux trois.