Dans quel état psychologique êtes-vous ?
J’ai un peu le moral dans les chaussettes. Je navigue avec un très beau soleil, avec très peu de vent, et l’état du bateau ne me permet pas de sortir toutes les voiles. C’est vraiment l’oiseau blessé qui rentre à la maison... Je dois avouer que le Vendée Globe, j’en ai un peu soupé. Je n’ai plus trop envie d’en entendre parler. Il va falloir que je m’aère les neurones et que je pense à faire autre chose que des courses avec ces bateaux-là, comme je l’ai fait pendant dix ans. C’est tellement de boulot pour un truc qui avorte bêtement que je me dis que je vais faire une pause... Ma frustration est telle qu’il est dur de la décrire.

Votre abandon a suscité une vive émotion chez vos concurrents...
L’avarie que j’ai vécue, c’est celle que tous les marins redoutent. C’est la plus injuste qui existe parce qu’on n’a aucun contrôle sur l’événement. Dès le départ, on sait tous qu’il y en aura peut-être un qui finira comme ça, mais c’est quand même la poisse.

Les marins rencontrent-ils souvent des bouées métalliques au beau milieu de l’Océan ?
Non. D’habitude, elles sont à poste fixe. Je suis à peu près sûr que c’est une bouée qui vient d’un champ pétrolier. Quand elles se détachent, elles dérivent. Ça arrive aussi en Europe, mais comme c’est beaucoup plus fréquenté, elles sont très vite retrouvées. On dit toujours que le premier défi de cette course, c’est de la finir. Mais quand un coup du sort te tombe dessus, tu prends conscience de l’ingratitude de cette épreuve.