Téléphoner peut-il nuire à la santé ? La question fait débat et inquiète. Le lancement, aujourd’hui à Paris, d’une “conférence de citoyens” intitulée “Ondes électromagnétiques, santé, société” dont le but est d’“encadrer et orienter le déploiement et les usages des technologies hertziennes” dans la capitale, en atteste. Et les propos de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, vendredi, relancent les doutes. Chantal Jouanno s’est dite favorable à l'interdiction de l'utilisation du téléphone portable par les enfants et à l'utilisation obligatoire d'une oreillette “pour tout le monde”. Selon la secrétaire d’Etat, “le problème ce ne sont pas les antennes”, mais les doutes sur les conséquences sur la santé de la puissance des ondes émises par le téléphone.

Un Grenelle en mars
Un rapport du Grenelle de l’environnement indique qu’“en l’état actuel des connaissances, si un risque sanitaire existe, il serait plutôt induit par l’utilisation de téléphones mobiles que par les antennes-relais”. En effet, “l’énergie absorbée par les tissus [la tête et le tronc, ndlr] est 10 000 fois plus importante par l’usage d’un téléphone mobile que par l’exposition à une antenne relais”, a expliqué à l’Assemblée Roselyne Bachelot, ministre de la Santé.

Par conséquent, accéder à la demande des associations de riverains d’antennes et réduire les limites d’émission de ces dernières à 0,6 V/m, contre des émissions entre 41 et 61 V/m, “ne serait pas pertinent”, selon le rapport. Cela conduirait “à une baisse dans la qualité globale du signal”. Or, moins un téléphone capte, plus il dégage d’ondes pour établir un contact avec l’antenne-relais la plus proche, et plus l’utilisateur est exposé. Le ministère de la santé a rejeté en juin 2008 “l’hypothèse d’un risque pour la santé des populations vivant à proximité de ces stations”. Il n’en reste pas moins que des riverains – quelques individus par millions, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – souffrent d’“hypersensibilité électromagnétique”. L’OMS en a listé les symptômes : rougeurs, picotements, sensations de brûlure, fatigue, lassitude, nausées, palpitations, etc.

Mais cela n’en fait pas une maladie, alors que la Suède a reconnu l’an dernier l’électrosensibilité comme un handicap. Le professeur Le Ruz, président du Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques demande “qu’on reconnaisse un syndrome d’incompatibilité avec les champs électromagnétiques”. Le cancérologue Dominique Belpomme a élaboré un protocole qu’il devrait présenter ce mois-ci, permettant de classifier l’électrosensibilité comme maladie. Un sujet qui sera discuté lors du “Grenelle des antennes”, fin mars.