Qu'est ce que les psychédéliques ?

Ce sont des substances qui permettent un élargissement et un approfondissement de la conscience humaine. Ce sont aussi de potentiels médicaments pour certains troubles physiques ou psychiques résistants aux autres traitements. On peut citer la kétamine, le LSD, l’ecstasy, la psilocybine des champignons hallucinogènes, la mescaline de certains cactus, et les plantes comme l’iboga, l’ayahuasca, et la sauge divinatoire. Ce ne sont pas des drogues car ils ne créent pas de dépendance physique, et ce ne sont pas des stupéfiants car ils n’obscurcissent pas la conscience (sauf bien sûr s’ils sont associés à des drogues comme l’alcool). Il agissant en favorisant le fonctionnement de certains circuits cérébraux, qui normalement sont inhibés.

Quelles sont les indications thérapeutiques des psychédéliques ?

On peut en citer plusieurs : certains types de douleurs, des dépressions et des Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC) résistants aux médicaments classiques, les toxicomanies à l’alcool, l’héroïne et la cocaïne, le stress post traumatique, l’anxiété et la dépression chez les patients en phase terminale de maladie grave, entre autres.

Que donnent les recherches aujourd'hui ? Quels sont les principaux apports des psychédéliques?

Des recherches sont actuellement menées sur toutes les pathologies indiquées ci-dessus, effectuées par des Professeurs de prestigieuses Université, principalement aux USA, mais aussi au Brésil, au Pérou, en Israël, en Espagne, en Suisse et en Russie.

Ces recherches confirment, en utilisant la méthodologie moderne des essais cliniques, ce qui avait déjà été découvert avant la prohibition des années 60: ce sont des médicaments très puissants, parmi les plus efficaces que l’on connaisse, et ils peuvent être employés de manière sécurisée dans un cadre soignant approprié.

Les substances psychédéliques furent d’abord utilisées comme des médicaments par les psychothérapeutes au début des années 60.

La recherche légale a repris depuis les années 1990 aux Etats-Unis, pourquoi n'y a-t-il pas plus d'échos en France ?

Il y a très peu d’échos car la recherche sur les psychédéliques est encore un sujet tabou qui fait peur en France, pays où les médecins, tout comme les chercheurs, connaissent encore très mal le sujet. C’est mon utilisation des états modifiés de conscience en psychothérapie (hypnose et EMDR) ainsi que ma lecture des travaux de Stanislav Grof (meilleur expert mondial de l’utilisation du LSD en psychothérapie) qui m’ont amené à explorer le sujet.

Vous dites que la prohibition des psychédéliques est d'essence beaucoup plus morale et émotionnelle que scientifique et concrète : à quoi l'attribuez-vous ?

Les substances psychédéliques furent d’abord utilisées comme des médicaments par les psychothérapeutes au début des années 60 ou comme des instruments de diagnostic et de soins depuis des millénaires chez les peuples traditionnels (par les chamanes). Leur usage festif, imprudent et abusif, hors cadre médical ou spirituel, à la fin des années 60 ont produit des accidents qui ont beaucoup inquiétés les politiques, les médias et les familles. Ces accidents, qui ne sont pas liés aux propriétés de ces substances elles-mêmes mais à leur mésusage, ont conduit à classer de manière erronée ces médicaments dans la même catégorie que d’autres substances, les drogues ou stupéfiants. Celles-ci (comme la cocaïne, l’héroïne, et les amphétamines), au contraire des psychédéliques, créent des dépendances et n’ont aucun intérêt pour la santé (et sont mêmes nocives).

Y a t'il eu des expériences de traitement de l'alcoolisme et de la dépression par la kétamine ?

Oui bien sûr, notamment les travaux des chercheurs et psychiatres Russes et Américains qui ont démontré l’efficacité supérieure de la kétamine par rapport aux autres traitements classiques pour l’alcoolisme et l’héroïnomanie et ont souligné son intérêt potentiel pour les dépressions résistantes aux traitements anti-dépresseurs conventionnels. La kétamine a été excessivement bien étudiée en anesthésie humaine, où elle est réputée pour sa sécurité d’emploi (à des doses pourtant dix fois supérieures à celles utilisées à titre psychédélique). Si l’on rajoute à cela sa durée d’action brève, elle devrait être parmi les premiers psychédéliques à pouvoir bénéficier de recherches cliniques en France.

Quelles sont vos attentes ?

Que le livre rétablisse une certaine vérité sur les psychédéliques, afin que ceux-ci, qui avaient injustement été écartés des laboratoires et des cliniques, puissent reprendre leur juste place dans l’arsenal thérapeutique des médecins. Si un vrai débat, scientifique, objectif et dépassionné pouvait être lancé en France par les discussions suscitées par cet ouvrage, il aurait pleinement atteint son objectif. Le but final est d’amener à une prise de conscience collective pour motiver la modification de la législation française actuelle sur les stupéfiants, avec, par exemple, un amendement pour permettre à des médecins dûment formés et supervisés, de les prescrire dans certaines indications précises, et notamment pour le traitement de la toxicomanie, qui coûte si cher actuellement en terme de vies humaines gâchées, et résiste aux médicaments actuels.